Rencontre avec Sarafistole

Posté le 16/01/2020 par admin

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Bonjour Sarafistole ! peux-tu te présenter à nos lecteurs ?

Moi c'est Sarah, j'ai 24 ans et je suis créatrice de bijoux en argent à Toulouse. J'ai d'abord eu un parcours aux beaux arts dans une section design d'espace avant de me lancer dans la bijouterie, et je pense que ça se ressent dans mes créations. Durant mes études en art j'étais très intéressée par les petits objets qui - moi personnellement - me faisaient rire, et je continue un peu dans cette lignée avec une gamme de bijoux mobiles sur laquelle je travaille. C'est amusant et antistress, on peut les faire bouger/tourner avec les mains, et certains même avec le souffle. J'aime voir la bijouterie comme un grand terrain de jeu où l'on peut aller plus loin que le "joli bijou à but décoratif", où chaque bijou est une petite sculpture.

Quelle formation as tu suivie en bijouterie ? que t'a t-elle apportée ?

J'ai suivi un CAP en un an en art et techniques de la bijouterie, ce dernier m'a appris toutes les techniques de bases concernant le travail du métal uniquement, donc découpe, limage, soudure, pliage, etc. Cette formation étant seulement sur 3 jours par semaine, je travaillais chez moi le reste du temps afin d'expérimenter, de m'exercer, de rater et recommencer, de me perfectionner, et surtout.. de travailler ma patience. Car oui, la bijouterie est réellement un métier de patience ! Le CAP m'a donc apporté de bonnes bases, mais j'ai aussi beaucoup appris par moi même, avec mon maître de stage, des forums et groupes d'entraides, des vidéos et aussi un très bon bouquin d'Anastasia Young. Si certains voudraient apprendre le métier, aujourd'hui c'est tout à fait faisable sans suivre de formation, et je trouve ça plutôt chouette !

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Les premiers bijoux de Sarafistole

Quand tu as commencé ta pratique, tu as dû investir un peu pour te créer ton atelier, as tu eu du mal à t'équiper ? savais-tu de quoi tu avais besoin, as tu trouvé des points ou te fournir un peu spécialisés sur internet ?

Contrairement à certains métiers de l'artisanat la bijouterie se contente d'assez peu d'outils au final, ou du moins le coût total de cet équipement et bien moins élevé que pour certains autres corps de métiers. Durant la formation que j'ai suivi, la Région Occitanie offrait à chaque étudiant une caisse à outils avec déjà les fondamentaux, de quoi bien commencer l'apprentissage de la bijouterie. J'ai en plus la chance d'avoir un père bijoutier également (les chiens ne font pas des chats) et j'ai pu récupérer certains des outils qu'il avait en double. Là où j'ai vraiment dû investir c'est dans la matière première, l'argent. Il y a des sites spécialisés comme Cookson pour les métaux, des outils, plein de choses concernant le métier, et j'ai également à Toulouse mon fournisseur de métal, la CGMP. Il y en a assez peu en France donc nous avons de la chance d'avoir ce fournisseur ici.

Lorsque tu as évoqué ton parcours, tu as mentionné les beaux arts, peux tu nous en parler un peu ? Que t’a apporté cette formation ?

Les beaux arts m'ont clairement aidé à me construire. C'est durant ces 3 années que j'ai appris à développer ma sensibilité et ma personnalité artistique, à savoir ce que j'aimais créer. Sans parler du fait que réaliser des choses de mes mains est ce que je préfère, j'aime aussi énormément produire des pièces qui toucheront aussi le client, qui pourront réveiller chez lui une émotion. C'est pour cela que je me penche de plus en plus vers les bijoux mobiles, avec l'espoir d'amuser, de captiver, de déstresser son futur propriétaire.

Comment as tu pris ensuite la décision de faire un CAP bijouterie ? est ce une décision qui a été simple et évidente ou bien plutôt pénible ? ton entourage t'a t-il soutenu ? la transition a-t-elle été facile ?

Au fil de mes 3 années aux Beaux Arts, je me suis rendue compte que l'orientation de mon travail évoluait, commençant par du design d'espace, à l'échelle de l'urbanisme, pour progressivement me diriger vers des choses à échelle humaine, jusqu'à l'accessoire porté par l'homme. J'ai pris conscience que le design d'espace ne me correspondait pas, j'ai alors fait une année de césure pour réfléchir à ma réorientation, puis d'un coup c'est apparu comme une évidence "Et la bijouterie?".

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L'atelier de Sarah

Alors j'en ai parlé à mon père, et j'ai fait une petite journée d'initiation avec lui, j'ai fait mon tout premier bijou et j'ai alors su que c'était ce qui allait bientôt me passionner. J'avais émis l'idée que mon père m'apprenne le métier, mais il a préféré que je fasse une formation pour avoir de bonnes bases. J'ai eu tout le soutien de ma famille et mes proches, qui m'ont poussé à candidater pour cette formation. J'ai réalisé mon dossier artistique, j'ai été prise, et l'aventure commençait ! La transition a finalement été un soulagement, je trouvais enfin ma voie, l'épanouissement de pouvoir m'exprimer pleinement à travers un art qui me correspond.

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Bague d'exercice d'ajustement. C'était un échec (rire) !

Peux tu nous en dire plus sur ton processus créatif ? Comment recherches tu tes nouvelles productions, quelles sont tes limites, as tu des pièces qui t'ont particulièrement challengée ou fait découvrir quelque chose de nouveau par rapport a ta démarche créative ?

Je suis en recherche constante de nouvelles formes, de nouveaux concepts. L'inspiration me vient du monde qui m'entoure, de la nature, de l'architecture, d'une tâche laissé par une tasse de café, d'un motif repéré dans une série ou un film, etc.. Je préfère ne pas me donner de limite, explorer et expérimenter tout ce qui me vient à l'esprit, et si je n'ai pas la technique, j'essaie de l'apprendre. Je ne me mets pas de trop de pression et fais les choses à mon rythme afin d'être vraiment satisfaite des modèles que je sors. Je pense que les pièces qui me challengent le plus sont les bijoux mobile, car il faut savoir appréhender le mouvement, être précis quand aux dimensions, bien ajuster toutes les parties jusqu'à la plus petite pièce. C'est certes plus complexe, mais c'est aussi ce qui me plait. Ça me donne le sentiment d'être une petite ingénieuse qui fait ses expériences dans son labo, et surtout c'est une grande satisfaction de voir sa création se mouvoir une fois terminée !

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Bijou ligne, inspiré de la technique du pliage

Si tu devais choisir 3 à 5 de tes créations qui sont pour toi particulières, lesquelles se seraient ?

Mon premier "vrai" bijou, avec soudure et compagnie, c'était une bague avec un disque coupé en deux, j'en étais plutôt très contente ! Il y a eu aussi toute la série des bijoux avec les lignes, je les ai faits quand j'ai appris à plier le métal en stage : la technique consiste à effectuer des lignes creusées comme celles que je fais avant de plier le métal, afin que celui-ci suive bien le pli. Et lorsque j'ai effectué ces lignes pour la première fois je leur ai trouvé quelque chose de particulier qui m'a beaucoup plus, j'en ai alors fait une petite collection.

Mon premier bijou mobile a été inspiré par un bijoutier que j'adore sur instagram, Danacfear, il s'agit d'un pendentif avec des tiges enfermées dans un cercles, qui montent et descendent. J'ai mis très longtemps à le faire, mais j'en suis tout particulièrement fière car c'est mon tout premier "bijou qui bouge", et c'est celui qui m'a donné cette passion pour ce genre de modèle. Il y a aussi une bague que j'avais faite pour m'entraîner, c'était un modèle existant que j'ai à peine modifié car je voulais simplement en faire un exercice, il s'agissait d'un bijou en 2 parties qui venaient s'emboîter, et j'adorais ce principe.

J'ai alors commencé à découper les deux parties individuellement, les souder, les ajuster... encore et encore.. et ça a été extrêmement dur d'obtenir un résultat satisfaisant qui glissait bien, même le bijou "final" n'était pas vraiment réussi pour moi. Visuellement c'était assez chouette, mais au niveau du fonctionnement c'était clairement à revoir ! Cette pièce m'a donc appris que des fois il faut vraiment tout calculer au dixième voire au centième de millimètre pour que tout s'emboite correctement. La minutie n'était pas au rdv ce jour là, je réessaierai peut-être de réaliser un bijou de ce genre un jour :)

D'une manière générale, tous les bijoux que j'ai réalisé jusqu'à présent m'ont apporté quelque chose, qu'il s'agisse d'une technique, de patience, de minutie, de rapidité, chaque création est enrichissante, alors : créez ! rire

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Bijou ligne coupé en deux

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Bijou mobile

Tu as obtenu ton diplôme cet été et tu as effectué toutes les démarches pour te lancer en professionnelle. Peux tu nous en dire plus sur ce parcours et nous dire ensuite ou te trouver à Toulouse pour voir et éventuellement te commander tes bijoux ?

Dès que j'ai pu, je suis allée à la Chambre de métiers et de l'artisanat de Toulouse où j'ai commencé les démarches pour créer mon auto-entreprise. J'ai du remplir un dossier d'inscription, qui est à mon avis identique à tous les corps de métiers lorsque l'on se lance en auto entrepreneur.

Là où ça diffère pour la bijouterie en revanche, c'est que l'on a également des démarches à effectuer auprès du service des garanties du bureau des douanes. En effet dès lors que l'on fabrique des ouvrages en métaux précieux, nous devons aussi être inscrits à ce bureau des garanties. L'inscription se fait après avoir eu l'immatriculation de la chambre des métiers, et pour la finaliser il faut faire enregistrer son poinçon de maître.
Ce dernier sert de signature, il s'agit d'un losange dans lequel on y trouve un logo et les initiales du bijoutier. Ce poinçon sert également de garantie, en poinçonnant nos bijoux en métaux précieux (ce qui est une obligation), nous nous engageons à respecter tous les titres légaux d'argent, d'or ou de platine.

Enfin, lorsque l'on commence son activité, nous devons nous procurer un livre de police pour la fabrication d'ouvrage en métaux précieux, le faire signer en commissariat et reporter dedans toutes les entrées (achat de matière première chez le fournisseur) et sorties (bijoux réalisé) de métaux précieux. Chaque pesée est réalisée à l'aide d'une balance homologuée qu'il faudra faire réviser tous les ans. La bijouterie c'est chouette, mais il y a pas mal de chose à côté de la fabrication pure et dure dont il faut avoir conscience et qu'il ne faut pas prendre à la légère. Je ne veux effrayer personne, si vous êtes sérieux tout ira bien mais il faut simplement le savoir et ne rien négliger :)

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Bijou mobile

Merci beaucoup pour toutes les informations sara ! À très bientôt!

N'hésitez pas à retrouver Sarafistole sur son site Internet ou instagram.

Commentaires

Hafido_dido

Super sympa et intéressant cette petite interview. Bravo

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