Rencontre avec Aurore Folny

Posté le 05/02/2020 par pistachette

Bonjour Aurore, tout d’abord, merci d’avoir accepté de te prêter à une interview pour notre petite asso !

02.jpg

Peux-tu te présenter à nous en quelques mots ?

Bonjour, je m’appelle Aurore Folny et je suis illustratrice fantastique pour les jeux de rôle et de plateau, et parfois pour le jeu vidéo. J’habite du côté de Toulouse et je travaille essentiellement à la maison. Je me rends de temps en temps une semaine à Paris pour donner des cours chez New3dge, une école de game art.

Peux-tu nous décrire ton parcours scolaire et professionnel et nous expliquer comment tu en es arrivée à ce que tu es aujourd’hui ?

Immédiatement après mon bac S – j’ambitionnais plus jeune faire des métiers proches de la nature et des animaux (vétérinaire ou biologiste…) - j’ai finalement décidé de me lancer dans une carrière artistique, grâce aux encouragements de mes proches et à ma rencontre avec le directeur d’une petite école d’arts visuels (BD, illustration, graphisme, dessin animé, vue réelle) appelée BEDEA. Moloch, auteur de BD, et d’autres professeurs spécialisés dans leurs domaines nous ont initiés aux fondamentaux du dessin et de la composition au sens général du terme. Ça a été l’équivalent d’une mise à niveau pour moi, ça m’a aidée à savoir ce que je préférais et à me lancer dans ma carrière, grâce à leurs conseils administratifs également.

J’ai finalement fait de la couleur BD pendant quelques années, en travaillant le dessin de temps en temps, mais sans réellement m’y plonger. Avant de me rendre compte, un jour de 2011, que l’illustration n’allait jamais me tomber dessus comme par enchantement, et qu’il fallait vraiment que je me ressaisisse.
J'ai alors réalisé mes lacunes et j’ai alors tout repris à 0.

J’ai donc continué en autodidacte, avec des livres, des tutos sur internet, puis des vidéos au moment de l’explosion des tutos sur YouTube ; tout en me promettant d’être illustratrice fantastique (ce que je préférais réellement) et d’arrêter la colo BD (qui commençait à me peser sur le système).
J’ai suivi à l’occasion des cours en ligne aussi, seule ou avec le mentorat d’un prof (The Art Department, Schoolism, packs de cours dans diverses boutiques d’artistes commeCtrl+Paint, Daarken ...)

Je suis toujours des cours quand je trouve le temps ; continuer à étudier est crucial pour son évolution et son enrichissement personnel comme professionnel.

03.jpg

Boromir

Pourrais-tu nous parler des projets auxquels tu as participé et qui t’ont le plus marqué/apporté ?

Je dirais mes premières commandes pour Fantasy Flight Games (pour Android Netrunner et notamment Star Wars.
C’était enfin l’occasion pour moi de travailler dans le domaine qui me plaisait vraiment. C’était tout nouveau, c’était aussi très cool et j’avais beaucoup de liberté : les directeurs artistiques étaient au top !

Ensuite, vient Héros & Dragons. Encore une fois, j’atteignais un de mes objectifs : faire des personnages pour le jeu de rôle ; je me suis vraiment éclatée dessus. J’ai parfait ma méthode et j’ai aussi beaucoup pratiqué (j’en avais 25 à faire !). C’est à cette période que j’ai testé et éprouvé pas mal de techniques que j’utilise dans mon process aujourd’hui, et j’y reviens régulièrement pour m’en souvenir si jamais je bloque.

As tu des productions personnelles dont tu voudrais plus particulièrement nous parler ?

De ma dernière en date, (La Voyante de Saterioh) qui commence à s’approcher de ce que j’aimerais vraiment faire de mes production personnelles, mais que je ne touche encore que du doigt. J’ai encore du mal à me dégager du temps pour travailler sur mes projets personnels, si tant est qu’ils soient définis précisément ! Cette oeuvre était un projet artistique collectif, c’est toujours ce qui me pousse à produire des oeuvres personnelles, le reste du temps ca n’arrive jamais.

Alors en ce moment je m’isole beaucoup, je travaille sur moi et mes peurs, sur mon perfectionnisme handicapant, pour réussir à finalement me nourrir de mon art, et non seulement pour l’exploiter de façon professionnelle ce qui a fini par m’épuiser psychiquement.

Tu es une artiste qui produit essentiellement en numérique, pourrais tu nous dire actuellement, sur quel matériels et logiciels tu travailles et ce qui a orienté ces choix d’équipement ?

Je travaille toujours chez moi, sur mon PC fixe, avec ma fidèle tablette Intuos 5. J’ai une Cintiq 27 depuis 1 an aussi, mais, même si je suis plus confortable à dessiner dessus, je suis revenue à mon Intuos pour peindre. Par habitude sans doute (ça fait plus de 10 ans que je travaille sur tablette), mais aussi parce que ça me permet d’avoir une vue d’ensemble sur ma peinture, et de ne pas m’abimer les yeux, mon épaule ou encore mon dos à trop être sur la Cintiq.

Vu que je ne me déplace pas souvent, et que je n’arrive pas à travailler hors de chez moi, je ne ressens pas le besoin d’avoir une tablette mobile. Même si j’aimerais bien pouvoir faire des études en peinture numérique en plein air … Un jour peut-être. En attendant je fais avec de la gouache ou l’aquarelle, et c’est pas plus mal d’ailleurs !

04.jpg

Faramir

Quelles sont tes inspirations et qu’est ce qui te motive à dessiner?

Mes inspirations sont multiples, mais ce qui me fait vibrer c’est généralement les couleurs, les sensations, les ambiances, les saisons, la mythologie, l’esprit humain, les animaux, les relations. Ce qui me motive à dessiner reste encore confus à vrai dire, car je sors de la période où je dessinais essentiellement pour progresser.
Maintenant j’ai compris que j’avais besoin de retrouver cette envie de dessiner pour moi même, que j’ai perdu avec les années et mes blocages.

Je sais que tu as de beaux carnets de croquis que tu remplis en tradi avec des études qui sont superbes, quelle place a le dessin traditionnel dans ta pratique ? et qu’en est il du modelage / sculpture que tu pratiques occasionnellement ?

Le modelage c’est très rare, j’y viens si j’ai envie de m’amuser ou si j’ai besoin d’une ref rapide pour une peinture en cours.
Le dessin et la peinture tradi, ca me permet de changer de cadre, de parfaire ma technique et ma ligne, de produire quelque chose de tangible (le numérique a ce défaut, de rester virtuel, même les impressions ne remplacent pas toujours le caractère unique d’une oeuvre traditionnelle) d’être plus créative (changer de médium aide énormément, et apporte du chaos pour la plupart des medium tradi), d’être nomade justement, pour faire des études dans les musées ou dans la nature.

06.png

Exotic Tribal Fusion

Comment te prépares-tu pour tes conventions artistiques ? As-tu prévu de nouveaux projets ? Est-ce un pan que tu estimes incontournable dans ta carrière d’illustratrice ?

Cette année, je retourne à Echos & Merveilles près de Toulouse, non seulement pour profiter des concerts, mais aussi pour présenter mon travail et rencontrer d’autres artistes et artisans.
À vrai dire l’année dernière c’était ma première vraie convention, avec prints, originaux et goodies. J’ai travaillé dur pour me familiariser avec l’organisation, les stocks à prévoir et le matériel à acquérir. On peut dire que maintenant je suis parée !
Je me suis rendue compte aussi que ça demandait un temps monstrueux et que ce n'était vraiment pas compatible avec mon travail de free-lance.
Respect aux artistes qui ne font que des salons et des commissions ! C’est vraiment un boulot à plein temps, surtout si on veut bien faire les choses (et je n’aime pas faire les choses à moitié !). Du coup, je continuerai d’en faire occasionnellement, pour sortir un peu, rencontrer mon public et partager avec d’autres artistes. Néanmoins le bénéfice financier est minime et je ne considère pas cela comme quelque chose d’incontournable. Mon intérêt s’y trouve surtout dans les rencontres et le réseau.

Quels seraient tes conseils pour des amateurs qui voudraient se lancer dans une carrière d’illustrateur free-lance ?

Faire de leur mieux, la qualité du travail prime avant tout ! Même s’il ne faut pas non plus négliger le pouvoir du relationnel. À un moment donné, même si on pense ne pas être au top du top, on a déjà un niveau « éditable » et on peut trouver du travail.
Si on fait du très bon boulot, les gens viendront naturellement nous voir. Mais il ne faut pas les attendre pour autant ! Il faut donc se créer un portfolio efficace qui représente ses compétences en un seul coup d’œil et aller démarcher directement nos clients cibles (étudier le marché pour voir ce qu’on préfère, et les contacter par mail ou en direct).

Ensuite, se créer un portfolio idéal en piochant des œuvres parmi ses idoles — et observer pour qui ils travaillent ! – et analyser son travail actuel pour voir si on est sur la bonne voie. Qu’est-ce qu’on voit dans ces œuvres idéales que l’on n’a pas encore pensé à inclure dans son propre travail ? C’est comme cela qu’on définit son prochain objectif pour progresser encore, et produire toujours un travail de meilleure qualité.

L’analyse de son propre process, la recherche d’efficacité (savoir gérer son énergie, et non simplement son temps !), et la façon de se présenter et de soigner ses relations sont à mon sens les 3 clefs nécessaires d’une carrière réussie.

Si tu pouvais faire un voyage temporel pour te rencontrer plus jeune, quel âge aurais-tu et quels conseils te donnerais-tu ?

Je retournerais en 2015 et je lui dirais de profiter de là où elle est, plutôt que de courir après l’amélioration à tout prix jusqu’à s’épuiser. Je lui dirais aussi de dessiner, créer ou peindre non pas parce que ça lui sera utile pour son boulot d’illustration, mais juste son propre bien être.

Oublier cet objectif de résultat et juste profiter du moment présent, du processus avant tout.

Et enfin, je lui dirais que les réseaux sociaux ne lui seront pas d’une grande aide pour sa carrière. Au final, rien ne sert d’y être « présente ». La réussite ne viendra pas de là, c’est juste un bon outil pour garder contact… quand on a le temps de s’en occuper !

06.jpg

Month of Love : Lies

Je te remercie de ton temps et de tes réponses !

Je te laisse carte blanche si tu as envie de t’exprimer sur un sujet particulier qui te tient à coeur ou un mot de la fin !
Aurorefolny.com. Tout est là pour me suivre où que vous soyez !

Et sinon prenez soin de vous avant tout, de votre corps et de votre esprit.

Je me suis remise il y a quelques temps à la méditation de pleine conscience. C’est comme se brosser les dents ou faire du sport, une fois l’habitude installée, cet exercice a un bénéfice indéniable sur sa santé ! La méditation c’est le fitness du mental. ;)

Écrire un commentaire